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La bonne conduite Cinq histoires d'auto-école Réalisation: Jean-Stéphane Bron, Suisse 1999 |
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La bonne conduite décrit cinq rencontres qui ont lieu dans une voiture d'auto-école. Ces cinq tandems sont plus ou moins le fruit du hasard; les moniteurs d'auto-école et leurs élèves ont un but commun: réussir l'examen de conduite. Ils diffèrent toutefois les uns des autres par leur nationalité, par leur contexte social et parfois par la couleur de leur peau. Une femme qui a échoué plusieurs fois à l'examen a le sentiment d'être enfin sur la bonne voie avec son moniteur d'auto-école bouddhiste. "Il n'a aucun égard pour vous, mais nous lui pardonnons", tel est le commentaire de Monsieur Nguyen à propos d'un chauffard; en discourant sur l'harmonie intérieure et extérieure et l'art de respirer, il tente d'inculquer à Madame Molard l'art de conduire. Un moniteur d'auto-école vaudois raconte des plaisanteries racistes à son élève d'origine indienne, adopté par une famille suisse: "Tu aimes le chocolat noir? Non? Tu préfères le blanc?" - "Non, je ne suis pas gourmand." Un réfugié afghan confie à sa monitrice, une femme d'un certain âge qui n'a pas de famille, ses préoccupations et ses voeux: "Elle parle beaucoup de sa vie et moi de la mienne. Nous nous expliquons les choses, mais malgré tout, nous ne sommes pas tout à fait sur la même longueur d'onde..." Le moniteur d'auto-école le plus jeune préférerait parler du dernier match avec son élève brésilien qui joue dans la même équipe que lui, mais il montre beaucoup de compréhension pour sa volonté d'apprendre à conduire. Une Portugaise veut obtenir le permis de conduire pour pouvoir aller voir la tombe de son fils. Son moniteur d'auto-école portugais qui se montre très compatissant l'attend inondé de sueur et plein d'espoir à la sortie de l'examen. Ce film est une comédie humaine en miniature où les protagonistes jouent d'un bout à l'autre les relations particulières qui se tissent entre des individus qui font un bout de chemin ensemble. Les hommes et les femmes essaient de s'en sortir comme ils peuvent, avec des limites et des faiblesses qui nous renvoient continuellement à celles qui sont les nôtres. Dans le film de Jean-Stéphane Bron, le spectateur attentif se rend compte que les rencontres durant la leçon de conduite sont prétexte à bien plus qu'à l'apprentissage d'une technique de conduite. Pour les élèves conducteurs/conductrices, le moniteur/la monitrice d'auto-école devient une personne de confiance à qui ils parlent et qui (en partie par obligation) les écoute. En outre, leur manière de conduire est révélatrice de leur vie. L'obtention du permis de conduire est, pour les Suisses/Suissesses comme pour les étrangers/étrangères une contribution importante à l'intégration dans la société. Dans l'espace limité d'une voiture, des individus doivent réussir à s'entendre pour un certain temps et à s'accommoder d'opinions et de mentalités différentes. Les personnes filmées sont apprenties de conduite à double titre, d'une part comme futur-e-s conducteurs/conductrices, d'autres part comme êtres humains. Le grand L bleu sur le toit de la voiture ne laisse pas le moindre doute. Et les occupants font effectivement des progrès, en réussissant à s'ouvrir un peu à l'autre et à lui montrer de la compréhension. La voiture d'auto-école devient ainsi le véhicule d'un message: nous nous trouvons tous dans une situation "d'examen" puisque nous devons quotidiennement trouver un terrain d'entente avec des personnes ayant une origine, une nationalité ou une couleur de peau différente. Mais là, l'obtention du "permis" ne résout pas tout (concernant la conduite automobile non plus): vivre dans un monde globalisé et multiculturel présuppose un processus et une réflexion permanente sur la question. Ce qui se passe dans le microcosme de la voiture durant les leçons de conduite peut être ainsi transposé à notre situation, à notre pays, à l'Europe et au monde. Au fur et à mesure que les personnes qui se côtoient durant les leçons d'auto-école se rapprochent, les frontières nationales s'estompent, la couleur de la peau devient secondaire, les apparences passent à l'arrière-plan. L'important n'est pas, en fin de compte, d'être Suisse/Suissesse, Indien/Indienne ou Portugais/Portugaise, mais la manière dont ils peuvent s'entendre. Tous ont en commun le besoin d'être reconnu et intégré. Le cinéaste entrecroise habilement les différentes histoires, en alternant les dialogues et les descriptions; en abordant un très grand nombre de sujets, il engage le spectateur à réfléchir sur des questions comme la multiculturalité, le fait d'être étranger, le pays où l'on se sent chez soi, l'adaptation, etc. En même temps, il ne néglige pas les moments amusants de la vie et appose tout naturellement des éléments qui font rire et réfléchir. Les histoires écrites par la vie restent captivantes jusqu'à la fin, et l'on se prend à se demander ce qu'il est advenu des différents élèves conducteurs et élèves conductrices... Un entretien avec le réalisateur Jean-Stéphane Bron (voir aussi http://www.cinemanufacture.ch/next/conduite/realisateur.html) La commande de la SSR-Idée suisse demandait qu'on s'intéresse à "la Suisse multiculturelle". Pourquoi avoir choisi les moniteurs de conduite et leurs élèves? C'est issu d'une discussion, comme c'est souvent le cas. On cherchait un lieu, une situation qui mette en jeu des Suisses ET des étrangers, plutôt que des Suisses et des étrangers qu'on aurait vu "dans leur coin". L'idée de l'auto-école est venue comme ça. Et puis on s'aperçoit assez vite qu'on a tous quelque chose à dire sur nos souvenirs d'auto-école: untel qui a loupé trois fois son permis, un autre qui pouvait pas sentir son moniteur... Il y avait aussi quelque chose que j'aimais bien: la voiture, l'apprentissage de la conduite avec un moniteur ou une monitrice, c'est une situation d'échanges assez futile. C'est comme aller chez le coiffeur, on se sent un peu obligé de parler, c'est pas forcément facile, il faut meubler... Le film suit cinq couples èléve-moniteur. Comment les avez-vous choisis? On a commencé par voir les moniteurs et les monitrices dans le canton de Vaud, à Genève aussi. Il y en a beaucoup, ça a duré pas mal de temps. Le critère, c'était de pouvoir percevoir une attitude, un philosophie de l'apprentissage, de la conduite, mais aussi une philosophie de la vie, qui restitue quelque chose de nos propres attitudes devant les autres, devant la vie. Ensuite on a attendu que qu'ils aient des élèves qui révéleraient bien ses philosophies, qui créeraient une résonance intéressante. On peut dire aussi que les couples ont été choisis dés que j'ai eu l'impression que chacun d'eux mais aussi chaque membre du couple pris séparément raconterait une histoire simple, une espèce de petite nouvelle. Avant le tournage je savais donc assez exactement ce que ses couples raconteraient, ou, si on veut, quelle petite histoire raconterait leur couple... Mais le hasard est intervenu aussi. Une monitrice qui n'a pas eu d'enfant et qui se comporte avec ses élèves comme une maman; une dame qui apprend à conduire parce qu'elle a perdu son fils; ça, c'est le hasard. On a l'impression qu'il a y dans ce film des couples qui marchent, comme on le dirait de deux époux, et des couples qui marchent moins bien. Est-ce une façon de dire que certains acceptent mieux "la Suisse multiculturelle" que d'autres? Je crois tout d'abord que la Suisse multiculturelle est un état de fait, et qu'elle ne constitue pas forcément un sujet de film documentaire. Ce que je vois moi, dans ce film, ce sont des "petits arrangements". Des gens qui s'arrangent avec d'autres, suisses ou étrangers, plus ou moins bien, avec leurs limites, leur faiblesses, avec ce qu'ils sont et ce qu'ils pensent des autres. Ce sont des relations singulières, entre deux individus, qui m'intéressaient. Et puis, à chaque fois, dans chaque couple, je crois que ce qui se passe ne se laisse pas réduire à des concepts de xénophobie, ou de racisme: Une histoire de solitudes à combler, une histoire de jalousie, une histoire de solidarité entre deux êtres, bref, des histoires qui mettent en cause deux individus avant tout. En plus, ce qu'on a découvert avec les moniteurs et les monitrices, ce sont des gens qui ne sont pas du tout spécialistes des "étrangers", mais qui, par la force des choses, sont en première ligne pour les aider à obtenir ce permis de conduire qui a une grande valeur d'intégration. Alors eux sont tout particulièrement obligés de trouver ces "petits arrangements" avec des réalités qu'ils n'avaient pas pour vocation d'empoigner: ils ne sont pas assistants sociaux ou spécialistes de l'immigration! Mais c'est vrai aussi que Madame Molard et Monsieur Nguyen donnent l'impression de s'être trouvés, comme on dit. On m'a même demandé s'ils avaient fini par se marier! C'est un film optimiste, alors? Je crois qu'il y a dans ces couples plus de choses qui ne fonctionnent pas que le contraire. Mais encore une fois, tout cela reste, dans ce film, de l'ordre de l'individuel, des individus confrontés à d'autres individus. Je crois que j'aurais pu faire ce film rien qu'avec des Suisses, ou rien qu'avec des étrangers: vouloir que l'autre nous ressemble à tout prix, par exemple, lui interdire d'être différent, c'est quelque chose qui ne se passe pas au niveau "multiculturel". Le fait d'avoir mêlé Suisses et non-Suisses n'a fait qu'exacerber le fait que parfois on s quelque chose à se dire, ou rien; ou quelque chose à partager, ou rien; le fait que parfois on se comprend ou on ne se comprend pas. Simplement, ici, ces choses-là se révèlent de façon plus violente peut-être. Ce qui m'a frappé aussi, c'est une sorte de solitude de chacun, et les efforts, parfois vains, pour essayer d'en sortir. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi ce dispositif de tournage, qui joue beaucoup sur les champs/contrechamps: l'idée, c'était que le montage et le montage seul réunisse ce et ceux qui sont séparés. Dans la voiture du moniteur, il y a autant de réunion que de séparation. "La bonne conduite", on peut imaginer que ce titre est à interpréter à plusieurs niveaux? Il y a un autre titre emprunté à l'apprentissage de conduite qui fonctionnerait aussi, c'est "la bonne distance". Je crois que ce qu'on voit dans ce film, c'est comment des couples ont trouvé ou non la bonne distance, comment ils se regardent, comment ils ne se regardent pas, comment ils se parlent et parlent les uns des autres. La bonne conduite, c'est probablement trouver la bonne distance avec les autres et je crois qu'on a de leçons à donner à personne en la matière. Ce film offre une quantité d'approches possibles et il faudra choisir dans quelle direction on souhaite engager la discussion. Il serait bon toutefois de ne pas oublier la dimension profondément humaine qui traverse les 5 portraits comme une sorte de fil conducteur. Il convient de tenir compte aussi de la situation particulière de la leçon d'auto-école; on est tendu, concentré et souhaite faire sur le moniteur /la monitrice la meilleure impression possible. Même les personnes qui n'ont pas encore de permis de conduire (qui n'ont pas passé l'examen ou ont moins de 18 ans) ont ici leur mot à dire. Histoires ordinaires
Les règles de conduite sur la route
Le pays qui est le sien /le pays étranger
Etrangers et étrangères en Suisse
S'informer sur les différentes catégories d'étrangers/étrangères en Suisse
Peter Meier
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