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La petite vendeuse de soleil
Réalisation: Djibril Diop Mambety, Senegal / Suisse 1998 |
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Sili Laam, une fillette d'une douzaine d'années qui a beaucoup de mal à marcher est en route avec ses deux béquilles dans la capitale de Dakar pour gagner un peu d'argent et aider à entretenir sa famille. Un garçon l'emmène sur son attelage. Au marché, Sili se tient dans le voisinage des garçons qui vendent des journaux. Elle assiste à une scène où les garçons tourmentent un handicapé en chaise roulante. Ensuite, elle se fait elle-même bousculer si violemment qu'elle en perd l'équilibre. Elle doit rassembler toutes ses forces pour se relever. A partir de ce moment-là, elle décide de vendre elle aussi des journaux. Ce qui est possible pour des hommes doit l'être aussi pour des femmes, pense-t-elle. Le matin suivant, elle se rend avec une troupe de garçons au poste de livraison du quotidien «Le Soleil». Grâce à sa ténacité, elle a la chance de pouvoir vendre les 13 exemplaires restants. Le chiffre 13 devrait lui porter bonheur. Elle vend fièrement et imperturbablement ses journaux dans la rue jusqu'à ce qu'il y ait collision: un garçon plus âgé entend lui interdire la vente sur «son» territoire. Mais à ce moment-là, un monsieur élégamment vêtu lui achète tous ses journaux et lui donne un billet de 10'000 CFA (monnaie d'Afrique occidentale correspondant à environ 25 SFr.-); pour Sili, c'est une grosse somme, pour laquelle elle devrait habituellement travailler tout un mois. Comme elle s'apprête à changer son gros billet, elle est soupçonnée de vol par un policier. Au poste de police, elle prend son courage à deux mains et demande au commissaire - avec succès - des excuses. Elle peut donc garder l'argent et achète immédiatement un grand parasol pour sa grand-mère. Elle distribue le reste de l'argent à des nécessiteux et fête l'événement en dansant dans les rues avec ses amis. Le jour suivant, elle prend à nouveau 13 journaux et s'en va les vendre en compagnie de Babou, un vendeur de journaux plus âgé. Il lui explique pourquoi le journal populaire «Sud» se vend mieux que le journal du gouvernement «Le Soleil». Sili réussit à vendre un grand nombre de journaux à l'embarcadère, au port. Elle se fait à nouveau menacer par les garçons qui vendent eux aussi leurs journaux à cet endroit puis se fait une fois de plus renverser. L'une de ses béquilles tombe à l'eau. Babou qui est devenu son accompagnateur et son ange gardien parvient à retirer sa béquille de l'eau. Babou et Sili se lient d'amitié. Sili qui ne sait pas écrire lui raconte l'histoire du lion et du lièvre. Tandis qu'un orage se prépare, tous deux retournent travailler. Leurs concurrents les tourmentent à nouveau et volent à Sili une béquille. Babou essaie en vain de les poursuivre. Sili ne s'avoue pas vaincue et se fait transporter sur le dos de son protecteur. Comme le dit le régisseur Djibril Diop Mambéty, ce film est «un hymne au courage des enfants de la rue». C'est aussi un hommage à Sili, cette fillette de douze ans qui n'incarne pas seulement, dans le film, le courage, la volonté de survivre et la ténacité. Sili est en réalité triplement désavantagée: elle est fortement handicapée physiquement, elle est pauvre et c'est une fille, ce qui accroît les difficultés qu'elle rencontre dans un monde dominé essentiellement par des hommes. Elle essaie malgré tout de s'affirmer dans le monde violent et impitoyable des vendeurs de journaux. Elle se déplace avec opiniâtreté dans les rues de Dakar, la capitale du Sénégal, un monde de contrastes. Partout, la tradition et la modernité s'entrechoquent impitoyablement, que ce soit au niveau des transports publics, de la musique ou de l'habillement. Sili l'infirme se déplace lentement et avec difficulté, imprimant au film son rythme. L'essentiel, pour elle, c'est d'avancer, et avec sa manière intrépide et directe, elle fait plus que compenser son handicap. Lorsqu'elle demande au commissaire imposant de s'excuser, elle fait preuve de beaucoup d'audace, même si la scène du poste de police se serait sans doute déroulée un peu différemment dans la réalité. Mais à travers le personnage de Sili, Mambéty essaie d'encourager ses compatriotes en présentant un monde apparemment sans perspectives qui se métamorphose tout à coup pour devenir une sorte de conte filmé. La mise en scène qui semble parfois un peu artificielle doit être considérée par rapport au public visé. Mambéty s'adresse en premier lieu à ses compatriotes et souhaite que son message passe clairement. Il cherche à confronter les gens avec leur propre réalité et à leur permettre par ailleurs d'accéder à des thèmes comme la solidarité, la lutte pour la survie, l'affection, l'amitié, etc. Le film utilise volontairement le dialogue avec parcimonie en faisant intervenir des images fortes et de la musique. La difficulté qu'implique la lecture des sous-titres prend ainsi moins d'importance. Le montage parfois surprenant ainsi que les longueurs que comporte certainement ce film rendent son accès plus difficile aux enfants et présupposent une bonne introduction. Pourtant, ce film n'en reste pas moins convaincant. Ce n'est pas un hasard si Sili est éclatante comme un rayon de soleil. Elle vend le journal «Le Soleil», signe en dessinant un soleil et dans la scène finale, Sili et son compagnon Babou s'en vont ensemble en direction de la lumière brillante du soleil. Pour le cinéaste, le soleil se transforme en symbole de la volonté de vivre. Jamais il n'oublie pourtant que là où il y a de la lumière, il y a aussi de l'ombre. Il montre donc aussi des images de bidonvilles, de concurrence entre les jeunes vendeurs de journaux, etc. A la fin du film, les forts contrastes de la vie au Sénégal apparaissent une fois encore avec une extrême netteté - qu'est-ce qui attend Sili et Babou de l'autre côté de la lumière? Le train-train quotidien, la mort ou le paradis? Le cinéaste Djibril Diop Mambéty est né en 1945 à Colobane près de Dakar. Après une formation de comédien, il joue dans de nombreux films sénégalais et italiens. En 1965, il tourne son premier film intitulé Badou Boy. En 1972, il séjourne un certain temps à Rome et y rencontre Pier Paolo Pasolini. Au début des années nonante, Mambéty ouvre à Dakar une école appelée «Foundation Yaadi Koone - pour l'enfance et la nature». Il se fait connaître par les films «Touki Bouki» en 1973, «Parlons Grand-mère» en 1991, «Hyènes» en 1994 et «Le Franc» en 1995. Mambéty est considéré comme l'un des cinéastes les meilleurs et les plus originaux du continent africain; ses films ont beaucoup contribué à développer l'art cinématographique africain. Il meurt le 23 juillet 1998 avant la fin du tournage, à Paris. «La petite vendeuse du Soleil» est donc devenu ainsi son testament. A propos des intentions du cinéaste Le premier film de la trilogie est «Le Franc», le second, «La petite vendeuse de soleil». (...) Au travers de ces films, j'aimerais que l'on accorde au courage des enfants de la rue la reconnaissance qu'il mérite. C'est l'amour des enfants qui me donne le courage de braver les vieux, les corrompus et ceux dont la richesse ne touche pas l'âme. Si j'ai choisi la forme de la trilogie, c'est parce que la vie se déroule en trois temps: on est d'abord petit, puis adulte, et finalement vieux. La vie est une pièce de théâtre et la plupart des pièces de théâtre ont trois actes: un prologue, une action puis un épilogue. A mon avis, je me situe quelque part entre les deux premiers actes de la trilogie de la vie.» Pendant le tournage du film (de Baba Diop. Extrait de «Sud Quotidien», Dakar, août 1996) Dimanche 21 juillet: au bout de la rue, chez un fleuriste. Des cages à oiseaux sont alignées sur le trottoir. Djibril Diop n'a d'yeux que pour sa comédienne qui a du mal à prononcer la phrase «Sarax nguir Yalla» (une aumône pour l'amour de Dieu), une phrase qu'elle a répétée des milliers de fois dans sa vie quotidienne. Au cours du tournage, un phénomène extraordinaire l'a métamorphosée. Elle a pris conscience d'un coup de sa situation, du fait qu'elle n'avait, comme fillette, que la rue comme espace de jeu et de vie. Djibril déploie une patience d'ange lorsqu'il veut tirer d'un artiste le meilleur de lui-même. Il sait s'y prendre pour faire de ses comédiens des êtres hors du commun. Si l'on considère la carrière de Djibril dans son ensemble, «La petite vendeuse de soleil» occupe une place particulière. C'est la première fois qu'il travaille avec des enfants. Après le tournage, il était lui aussi transformé, euphorique même. «Ce sont les enfants qui ont fait le film. La présence de Sili devant la caméra... Pour dire vrai, c'est elle qui me donnait les directives pour la Réalisation. Les enfants sont merveilleux. Après ce film, je ne pourrais plus raconter aucune histoire pour enfants. J'ai tout mis dans ce film.» Remarques générales Pour utiliser ce film avec des enfants et des adolescents, une bonne introduction est nécessaire. Il ne faudrait pas seulement parler du travail des enfants mais aussi du genre du film et de ses intentions. «La petite vendeuse de soleil» peut alors devenir un moment marquant. Comme le film dure 45 minutes, il peut être parfaitement placé durant une leçon, mais il ne reste alors pas de temps pour une introduction ou des question; une autre possibilité consiste à montrer le film en deux parties. Après la première moitié, on pourrait demander aux élèves d'imaginer eux-mêmes une fin, ce qui augmente le suspense jusqu'à la fin effective du film. Si l'on souhaite approfondir par la suite certains aspects du film, il peut être judicieux de demander aux élèves (ou au groupe), avant le visionnement du film, d'observer certains détails. Au premier abord, ce film ne semble pas avoir de rapport direct avec notre propre vie; en y regardant de plus près, il y a une série de thèmes qui nous sont familiers et dont il nous est même plus facile de parler en prenant l'exemple d'un pays étranger. Sili et Babou à Dakar
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